• A common life (5)

    En 1957 le lac de la Gileppe fut vidé afin de rehausser le barrage. C’était étrange de voir cette cuvette de terre et de pierre entièrement vide. Sauf qu’on y a retrouvé deux voitures et les restes d’un avion allemand abattu en 1944. Cette curiosité attirait beaucoup de monde. Et les gamins faisaient la chasse aux tritons et aux salamandres qui vivaient en grand nombre entre les roches. Ainsi que les écrevisses. Je me demande s’il en existe encore.

    Quand la maison fut à peu près finie, papa s’est attaqué au jardin pour le potager et maman aussi, pour la partie florale. Ils y passaient beaucoup de temps et quand je pense à mon père, c’est souvent cette image furtive qui me revient à l’esprit. Un cache-poussière, une casquette. Une petite pause dans le fond du jardin, la main droite sur la hanche et l’autre libre pour s’occuper du  mégot de cigarette roulée au bout brun et juteux Ses jambes un peu écartées terminées par des sabots semblaient sortir de la terre. La bêche plantée à son côté droit.

    Il me sollicitait pour l’aider et j’avoue que j’avais souvent une excuse pour me tailler parce que je n’aimais pas ça et, pendant ce temps-là, mes copains jouaient. Mon voison Georges n'y écopait pas, lui.

    Il y avait une cabane en dur au milieu du terrain et papa acheta 6 poules. Il construit un poulailler avec des matériaux de réemploi et fit un nid douillet aux volatiles. Chaque matin j’allais chercher les œufs frais. Quand Popa, mon grand-père maternel était là, il les gobait directement au poulailler, encore chauds !

    Une des poules avait été blessée dans le transport et elle fut immédiatement rejetée par les autres, déplumée, la chair mise à sang. On les sépara et Nénette devint mon fétiche. Elle me suivait tous côtés et j’arrivais même à me balader dans le jardin avec elle bien campée sur mon épaule. Pas besoin de dire que celle-là, on ne la mangea pas. Du moins je crois ! Il y eut des lapins aussi et là, il fallait bien de temps à autre être de corvée chicorées ! Mais il fallait insister et je dois reconnaître qu’il n’y avait pas beaucoup d’autorité dans la manière de m’élever. J’étais plutôt le «petit gâté » à qui on permettait beaucoup de choses. Il faut dire qu’on sortait de 5  années de folie guerrière et qu’après moi est venu un petit frère, Christian, mort-né. Sans doute cela a t’il accru la tendresse que me portaient mes parents et l’indulgence qu’ils avaient pour mes faiblesses. De plus, petit, j’étais un peu malingre à cette époque. Difficile à imaginer 60 ans plus tard.

  • Carrefour (pas le magasin...)

    Carrefour de  Dolhain

  • Marabout, bout' ficelle,

    Voilà 4 jours que j'ai commençé mon "blog". Je modifie, je cherche et finalement je trouve. C'est très amusant. Ca me rappele l'époque ou je travaillais chez Marabout derrière un clavier aussi, sauf qu'il en sortait des bandes perforées traîtées ensuite par la photo-composeuse. On découvrait, après l'auteur, les Bob Morane, Doc Savage, Sylvie et autres Jerry Cotton.

    C'était allier le plaisir à l'alimentaire. J'adorais. J'en ai gardé un amour "physique" du livre.

    Quel dommage que la mégalomanie de son patron ait coulé cette entreprise.

  • A common life (4)

    J’avais 9 ans quand papa a acheté. Une maison jumelée dans une cité au pied du village haut perché de Limbourg. Nous l’avons habitée avant même qu’elles ne soit finie. Pas de route, pas de trottoir. Juste des planches. Certaines pièces sans portes, même sans escaliers parfois, juste des échelles. Tous les propriétaires avaient des enfants, au moins un, ce qui fait que des alliances, ou des petites bandes se sont naturellement formées suivant les affinités. Et puis il y avait les filles. En général assez moches. Excusez-moi du peu mais c’est comme cela.

    Les passe-temps favoris des garçons étaient surtout illicites : monter dans les grues, les pelles mécaniques et les camions de chantier, de vieux GMC récupérés de l’armée Américaine. On a même réussi à en faire reculer un dans une pente jusque dans la Vesdre. Sans avoir été inquiété par après !

    Une autre manie était de brûler tout ce qu’on trouvait, y compris les lattes de plafonnage. C’étaient de fines et étroites planches servant à accrocher le plâtre au plafond.  Comme il y en avait pour une vingtaine de maisons… Mais nous n’avons pas tout brûlé quand-même. J’ai même mis le feu au talus de la gare. La fumée était si épaisse qu’elle entravait la circulation et on dut faire appel aux pompiers.

    A 10 ans je suis entré aux scouts. Mon totem : Colibri spontané. J’aimais beaucoup cette vie en plein air et la marche. Mais je n’ai jamais eu de bons souliers. L’équipement de scoutisme coûtait assez cher et je me souviens avoir eu des godillots abominablement durs qui me mettaient les pieds en sang. De plus, petit je n’étais pas très costaud et souvent à la traîne lors de « hikes »[1]. Chaque année, la troupe organisait un camp sous tente mais le temps n’était pas plus clément à cette époque que maintenant car j’ai plus de souvenirs humides que chauds. Le premier camp auquel je participai était à Ster-Francorchamps. Papa était venu me voir deux fois en vélomoteur Quickly NSU en plus du jour de visite des parents pour qui on confectionnait fièrement des crêpes et du cacao. C’est comme scout que j’ai vu le petit lac de la Borchene entièrement gelé à un point tel qu’on le traversait à pied en jouant football avec une gourde de lait, qui tournait à crème après ce traitement.



    [1] Balades de deux ou trois jours.

  •  Miel d'hibiscus ?

    Hibis-abeille

  •  A common life (3)

     

    Enfin, j’en suis toujours au stade de la petite enfance. Quels souvenirs peut-on garder de cette époque ? Moi j’en ai très peu. Des bribes. J’ai été privé de  ma maman souvent car avec un dos très fragile, elle était fréquemment hospitalisée pour des interventions à la colonne vertébrale. Opérations périlleuses à cette époque et en général peu efficaces. Jusqu’à la fin de sa vie, elle a souffert des séquelles de ces interventions.

    Je faisais donc de fréquents séjours chez mon parrain que tout le monde appelait Oncle Joseph. Sa femme tante Traudchen (traduisez Gertrude) était aussi douce et gentille et j’aimais particulièrement bien leur maison cossue, meublée avec  goût et qui représentait parfaitement le caractère de la petite bourgeoisie verviétoise du milieu lainier. Quand j’y pense, je l’associe toujours à l’odeur du cigare, que mon parrain fumait en grandes quantités. J’y revois aussi le piano droit moderne tout neuf. Je devais avoir deux ou trois ans. Une autre odeur est liée à ces moments. Celle des trains à vapeur.

    Ces monstres noirs d’acier, de roues, cylindres, bielles et de fumée blanche ou noire  m’impressionnaient beaucoup et la gare était près  de chez mon parrain. Il m’y emmenait souvent. Je les regardais manoeuvrer, tirer ces wagons verts de troisième classe aux marchepieds hauts et fenêtres étroites, dont les portes s’ouvraient encore sur l’extérieur. Longtemps, j’ai écumé la bibliothèque du village de tout ce que je pouvais trouver ayant rapport avec le chemin de fer. Et puis, comme les panaches de vapeur, au début des années soixante, la magie a disparu, laissant place à de longs cylindres bleus ou verts  anonymes, les «  diesel », avec de toutes petites cheminées et des relents de mazout nauséabonds. Vinrent ensuite les pantographes des locomotives électriques, moins polluantes mais nettement moins poétiques et impressionnantes.

    Le prix à payer pour le modernisme… et le confort malgré tout. . De nos jours encore, je peux voir passer les trains de mes fenêtres.

    Un de mes nombreux rêves, probablement inaccessible est de faire un grand voyage en train de luxe, style Orient Express. Mais c’est réservé à une classe privilégiée. J’ai quand même eu la chance de voyager dans le SHINKANSEN, TGV Japonais, de Tokyo à Kyoto à la vitesse de 250 Km/h. Comme les voitures actuelles sont très silencieuses, cela en diminue un peu l’impression de vitesse.

    Scolarité sans problème, je savais lire et écrire à 5 ans. J’étais plutôt bon en primaire et en secondaire finissant même plusieurs années de suite premier de classe. Excellent en français et en musique, bon en histoire et géo et en langues, pas très bon en math et gym. Il n’y a pas grand-chose d’autre à en dire, sinon qu'une opération à l’œil  droit à mis un terme assez brutal à mes ambitions scolaires. Ou alors c’est l’excuse que j’ai agrippée pour justifier mon manque de courage pour les études? Je n’étais pas suivi du tout. Mes parents n’avaient pas pour moi une ambition démesurée et j’ai reproduit le schéma avec mes propres enfants, je dois bien le reconnaître et le regretter.