• A common life 19

    Un trio nous accompagnait souvent : Marie-José, sœur du batteur, Marcelle, une cousine et Monique, une autre cousine. Seule Marie Jo avait une voiture. Une bonne vieille 2 CV avec un moteur de 425 CC et les portes qui s’ouvraient vers l’avant, ce qui augurait d’intéressants coups d’œil sur la lingerie féminine. Eh oui, en 1965 on portait encore des jupes ou des robes et souvent des porte-jarretelles.
    Elles assistaient donc souvent aux bals quand on ne jouait pas trop loin. J’avais flashé assez vite sur Marie Jo mais Désiré, plus audacieux et l’emporta sur moi. Cela ne dura pas très longtemps mais, un peu refroidi, je laissai passer quelque temps avant de revenir à charge. Aussi bizarre que ça paraisse à l’heure actuelle, à 18 ans j’étais toujours puceau. Dites cela maintenant à votre entourage et on vous traitera d’homo ou de demeuré et on vous enverra illico presto chez un psy.
    Rien de tout cela. J’étais normal, j’aimais les filles, j’allais voir des films « cochons » au Sélect et je pratiquais sans excès le plaisir solitaire, comme tout le monde. Il faut savoir que je n’avais jamais vu chez mes parents de signes véritables d’amour, ne fût-ce que se tenir la main. Mon père avait bien des gestes de tendresse, des tentatives, dirais-je, mais maman le repoussait toujours avec un air de profond ennui. Après la mort de mon frère, un an après ma naissance, ils ont fait chambre à part. Avait-elle peur d’être à nouveau enceinte ? N’y avait-il plus rien entre eux ? Je ne sais.
    En tout cas, vingt ans sans se toucher, je ne peux pas comprendre. Maman prétendait ne pas être heureuse et probablement ne l’était-elle pas. Papa était plus transparent. Il était toujours ouvert à tout, parlait avec tout le monde et avait beaucoup d’amis dans le milieu du travail ou de la musique. Il ne sortait pas dans les cafés. Maman était considérée comme une femme fière et froide. Je crois plutôt qu’elle était très renfermée et timide. Jeune, elle avait travaillé chez des gens très riches et je crois que ce monde l’avait impressionné. Elle en parlait parfois sans les envier mais avec une pointe de fierté dans la voix.
    Je n’ai pas su grand-chose de mon frère et on n’en parlait jamais à la maison. Sujet tabou.Ainsi que l’éducation sexuelle. Quel vilain mot ! Connaissais pas.
    A ma grande stupéfaction, on nous a permis, à Marie-Jo et moi, de partir en vacances ensemble l’année de mes 21 ans. Primo, j’étais majeur et deuzio, on parlait de se marier. C’était quand même un événement.
    Il faut dire que ma mère, lorsque je sortais, m’attendait jusque 4 h du matin et parfois battait le pavé dans la rue, devant la maison. Dans ces moments, je la détestais, j’étais furieux et honteux en même temps. Cela renforçait évidemment mon envie de me tailler et de vivre une vie plus indépendante. Ca a beaucoup compté dans la décision de me marier d'ailleurs et dans ma relative froideur à so
    n égard.

  • Quidams à l'Athenée Verviers

    Quidams Athenée 2

  • A common life 18 (un vent de jeunesse)

    Quoique le play-boy était plutôt Désiré. Beau garçon, parole aisée, il n’en ratait pas une. Quand nous partions, on le chargeait chez lui, à la ferme à Grand-Rechain où on répétait aussi. Parfois il interpelait sa mère : Man, t’as pas oublié de me mettre des mouchoirs ? Que je puisse essuyer mes doigts après avoir touché le cul des filles ! Sa mère, gênée, le réprimandait tout en riant sous cape. Et sa petite sœur, rouge de honte courrait se cacher.
    Comme les trajets étaient très longs, on s’arrêtait souvent à midi pour casser la croûte. Ce que nous fîmes un dimanche à Arlon. On repéra un petit restaurant, tout en longueur. Comme le rez-de chaussée était complet, on nous dirigea vers une petite salle au premier composée de 4 tables. On mangea de bon appétit et jeunes et malotrus comme nous l’étions, on alluma chacun une cigarette dans ce petit endroit confiné qui devint très vite enfumé. Conscients de l’ire qu’on risquait de provoquer, on s’empressa de payer.
    On quitte donc cette petite pièce et je remarque en tirant la porte que la clef est dessus. Un réflexe ? Je la tourne, empoche l’objet du délit et on se presse délicatement vers la sortie. Dix mètres plus loin, la clef tombe malencontreusement dans un avaloir ! Savez-vous quoi ? On n’est jamais retourné à ce resto…
    Autre anecdote.
    A Pétange, avant de jouer dans les « Grottes » on dînait souvent dans cet hôtel où nous logions. Le patron s’appelait Hammer (marteau) et avait plutôt l’apparence d’une massue. On y mangeait très très bien. Plus gastronomique que friturique (néologisme inventé à l’instant). Un dimanche de printemps, le restaurant était complètement occupé par un banquet, je ne sais plus en quel honneur, mais le patron, par amitié, nous avait casé une petite table dans un coin.
    Un des convives ou peut-être le président, ou le marié, que sais-je demanda le silence en tapotant son verre à l’aide de son couteau comme on le fait généralement.
    Silence qu’il obtint aussitôt. Mal lui en prit car c’est cet instant que mon intestin choisit pour libérer un pet tonitruant prompt à réveiller une compagnie de paras endormis après une marche de 40 km. ! Bien entendu, le silence se prolongea, sauf pour 4 jeunes hurluberlus morts de rire !
    La fois suivante, nous mangions dans la cuisine.

  • Quidam Diktus

    Quidam Diktus

  • A COMMON LIFE 17

    Pour pallier la vie monotone de gratte-papiers, il y avait la musique.
    Et l’orchestre commençait à tourner tous les week-ends grâce au travail de prospection de Joseph et au succès que nous avions. Et jusque très loin.
    Luxembourg et France.Et Allemagne où notre cachet nous laissait de quoi nous gréer un "Hänchen",(poulet rôti) dans un "Schnell Imbiss"

    Il arrivait qu'on me dépose le lundi matin directement au bureau. Et en veston rouge ! Inutile d’essayer de cacher au patron que j’avais joué. Surtout qu’une fois, appuyé sur un coude, je me suis endormi vers 10 H du matin au-dessus d’une pile de factures. Mes ronflements ont attiré José qui m’a tapé dans le coude et je ne vous dis pas le résultat et le savon que j’ai pris. Toutefois, je pense qu’il admirait mon courage sans trop vouloir le montrer, surtout qu’il me payait des clopinettes.
    On jouait en général le samedi à Athus à 20 H jusque 2H. On partait donc en début d’après-midi. On logeait à Pétange, à l’hôtel de la gare et le dimanche après midi, on y jouait le thé dansant jusque 18 h. Démontage du matos et remontage le soir à Athus où autre part pour rejouer de 20 à 2 H. Redémontage, retour jusque Dolhain. Sans autoroute, à l’époque et avec neige et brouillard souvent en hiver. C’était parfois très dur. Surtout au carnaval où il fallait rajouter le lundi et même le mardi.
    L’orchestre « Les Quidams » était géré par Joseph, accordéoniste expérimenté. Il avait aussi dû se mettre à la guitare. La formule de l’orchestre moderne l’exigeait. Il avait quelques années de plus que nous mais le même état d’esprit. Marié, il avait 3 enfants à cette époque et en a fait 2 autres avant de se séparer. En semaine, il était chauffeur-livreur de pain pour une société Coopérative. Plus tard il est devenu assureur professionnel. Avec le bagout et la conscience professionnelle qu’il avait, il a vite fait fructifier son portefeuille de départ.
    On s’était payé une nouvelle amplification et il fallait rembourser. Plus la voiture. La première, une Plymouth noire et blanche, avec des pneus à flancs blancs ! La deuxième, une Mercury bleu et blanche, avec un V8 de 3L qui consommait la bagatelle de 25 litres aux cent. Comme on en voit encore actuellement à Cuba. On était des stars !
    C’est sur cette dernière voiture que j’ai fait mes classes… Je n’ai pas dû passer de permis pratique, ouf. Il a été instauré l’année suivante mais celui qui l’avait déjà ne passait pas l’épreuve. Donc Joseph me passait le volant, à 3 ou 4 H du matin, après la fatigue du bal, quelques verres dans le coco, les musicos qui essayaient de roupiller à l’arrière (d’un œil probablement) avec une galerie bourrée de matériel. On a pris de fameux risques. Mais enfin, après quelques tentatives, j’ai pu reprendre la voiture à la cité où j’habitais. L’allée du jardin permettait à peine le passage de cette énorme barquette en la prenant bien droit en enfilade. J’ai quand même pris un chapeau de pilastre ! Mais quelle fierté ! La seule américaine du coin conduite par un jeune play-boy.Waouw !