A common life - Marabout Gérard.

 Mais je n’ai jamais été loin. Un flirt, agréable, rien de plus. Elle avait un beau corps,des hanches larges et une taille fine, bien marquée. De longs cheveux bruns qui descendaient jusqu'à la taille. Elle (sacrée Anne) aurait certainement voulu plus, mais elle n’a jamais rien exigé, ni fait de scène. Pour un homme marié, c’était parfait, et là je me rends compte que je suis cynique ! Je vois ça de cette façon avec le recul mais à l’époque je n’aurais pas voulu être découvert. Pour moi c’était un défoulement, une diversion aux moments de tension intense dans le couple. En aucun cas je n’aurais quitté la femme que j’aimais. Et je n’étais pas amoureux de cette fille.
M.J. avait perdu son boulot et nous avions pris une station d’essence rue David à Verviers, à l’enseigne Alca dans un bâtiment neuf mais dont l’humidité suintait des murs. C’était son idée. Elle voulait être indépendante. C’était un job très ingrat. Il fallait servir tous les clients. Pas de bancontact ni de distributeur automatique à l’époque. Cloué là, les week-end également. Dans le contrat. On bouclait le mois en général sans bénéfices. En tout cas s’il y en avait, ils n’étaient pas en rapport avec les prestations fournies. La rue n’était guère fréquentée et la marque « Alca » était inconnue.
Le seul samedi soir où nous étions sortis tous deux, on a été cambriolé. La caisse était cachée sous la bonbonne de gaz mais à notre retour elle avait disparu. Tout avait été fouillé de manière minutieuse et le voleur s’était éclairé avec des allumettes. Il y en avait partout, des dizaines. Ca nous avait foutu un sacré coup au moral… et aux finances.
Je soupçonnais quelqu’un, j’avais des indices imparables, mais je n’avais aucune preuve et ça touchait indirectement à la famille. Cette personne nous rendait visite de temps à autre et subitement, après le vol, on ne l’a jamais revu ! En plus, le bonhomme avait eu des antécédents. J’étais trop scrupuleux et je n’ai rien fait, pour ne pas soulever de vagues. Attitude qui m’a valu bien des déceptions dans la vie.
Je travaillais donc chez Marabout et le matin, ou le soir, selon les équipes, je m’occupais de la pompe. Tout ce qui était paperasserie m’incombait aussi et le week end, je jouais.

A cette époque, j’ai remplacé pendant neuf mois le guitariste de Jean Vallée qui faisait son service militaire.
Déjà « vedette locale » on ne faisait que des galas d’une ou deux heures dans diverses villes du pays. Souvent en américaine d’un autre chanteur. Plusieurs fois pour le Lotto et deux fois pour l’émission Feu Vert à la RTBF. C'était l'époque de "Viens l'oublier" qui a terminé deuxième à l'Eurovision et aussi "La vague". J'aimais ce qu'il faisait C’était intéressant mais assez bizarre. Je veux parler de l’ambiance entre musiciens. C’était un clan dans lequel j’étais à peine toléré. JV habitait près de chez moi et en général, nous faisions les trajets dans sa voiture mais c’est un gars très taciturne et il ne » faisait pas la conversation. Lorsque le guitariste officiel est revenu, on n’a pas trouvé nécessaire de me prévenir. J’ai téléphoné, n’ayant plus de nouvelles, et Jean m’a dit que je pouvais venir rechercher mes instruments. Tout simplement… Pas très chic comme comportement, en fait. Un claviériste m’a confirmé cette façon de faire. Qui explique peut-être pourquoi Jean Vallée n'a pas fait la carrière qu'il méritait.

Chez Marabout, j’étais « le » guitariste de la vedette et mon aura chez les filles s’était encore agrandie.
Sans rapport avec cela, on m’a demandé si je voulais bien tenter de mettre au point une nouvelle machine qui introduisait les mots corrigés dans les phrases. On était vraiment à l’aube du bouleversement électronique. Mais une partie importante était encore mécanique si bien que la mise au point était assez fastidieuse. Techniquement, je ne pouvais rien faire, je n'étais pas mécano et je peux dire que j’ai travaillé presqu’un an avec un rendement zéro. Elle tombait en panne très souvent et le technicien passait des heures dessus. Ce genre de problème s’est répété chez Marabout avec des machines beaucoup plus importantes, telles des rotatives surdimensionnées qui coûtaient des fortunes et ne tournaient pas. De plus A.Gérard,  vrai mégalomane, avait fondé une écurie de course GT Marabout qui fut un gouffre ou s’engloutissaient tous les bénéfices de la société. Tant et si bien que tout s’est écroulé. On a fermé et 600 travailleurs sont devenus 600 chômeurs. Sans possibilité de reclassement dans la région, sauf quelques spécialistes, les clavistes dont trois sont entrés au « Jour », le quotidien verviétois.
Je n’en fus pas, question de syndicat. J’avais vraiment aimé ce boulot et tout ce qui tournait autour.

Commentaires

  • Bien qu'ayant connu tes avatars de l'époque, tu ne m'avais jamais fait part de cette ambiance "feutrée" qui régnait chez J.V. Note que chez L.D. trompettiste du cirque Pinder qui acc ompagnait Luis Mariano, l'ambiance n'était pas plus chaleureuse. Je me souviens avoir été une peu trop applaudi à son goût après avoir interprété une valse musette de derrière les fagots, que je fus relégué illico au fond de la scène où je dus me contenter de faire des accords d'accompagnement. Le guitariste rythmique, quant à lui, était considéré comme un meuble.

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